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12/02/2010

LA MAISON

LA MAISON

C’est « la maison » non pas ma maison, mais celle de mon père, l’aboutissement de ses efforts, pendant des années, économies après économies, il l’a rêvée cette maison, et puis un jour…. a enfin pu réaliser ce rêve !

Oh ! ce n’était qu’une toute petite maison ordinaire, avec un confort minimum, dans une petite ville mourante.

Son travail le lui permettant, il venait tous les jours manger son casse-croûte sur le terrain et voir s’ériger peu à peu « Sa Maison ! »

Il avait déjà, sur l’olivette ravagée par le gel où elle était située, commencé à planter des arbres, du buis ramassé dans la garrigue, qui crevait….qu’il replatait avec amour et patience, et avait fini par faire une haie, minuscule d’abord, mais entretenue avec un tel soin qu’elle était vite devenue belle et drue.

A la fleur de la quarantaine, il la tenait sa maison, payée comptant, c’était sa fierté, il ne devait rien à personne !

Il s’est échiné à faire un jardin dans cette caillasse et a réussi, un magnifique saule pleureur servait d’abri aux oiseaux et à sa visite matinale, la tasse de café à la main qu’il allait boire sous son ombrage, faisait le tour du jardin, regardait pousser ses légumes, lui qui n’avait jamais planté le moindre poireau était devenu un spécialiste aidé du « Jardinier Provençal ».

Cette maison et ce jardin, c'était l’œuvre qui couronnait sa vie après maints efforts, il était Propriétaire ! cette fierté dans la voix, lui qui n’a jamais eu le moindre orgueil, ne venait que de la joie d’avoir ce toit pour lui et sa famille.

J’y ai grandi, vécu adulte, puis elle est passée à la génération suivante.

Oh ! il est difficile de parler de maison de famille après seulement cinquante ans mais que de souvenirs quand même, bons et moins bons, comme la vie avec ses joies et ses peines, déjà la quatrième génération pourtant !

Elle a changé au fil du temps, s’est agrandie au gré des envies, des besoins, mais dans mon cœur, elle restera toujours la petite maisonnette modeste de mon père !

Les jardins non clos à l’époque permettaient la convivialité entre voisins, l’entraide était forte et l’amitié était au rendez-vous ! Que de bons souvenirs, les arbres étaient tout petits, nous nous voyions d’un jardin à l’autre, et les causettes, le petit café partagé, la télévision mise à la fenêtre les jours de match afin que tous ceux qui n’avaient pas la chance d’en posséder une, et ils étaient nombreux, puissent profiter du spectacle, chacun apportant sa chaise dans le jardin l’été, l’hiver, la place étant réduite à l’intérieur, les enfants s’assoyaient par terre sur un vieux tapis.

Il est bien loin ce temps, chacun a fait sa clôture, a eu sa télé, et c’est normal, finies les veillées « télé commune » les soirées belote.

Le temps a passé, les arbres sont devenus grands, beaucoup d’arbres, peut-être trop mais ils abritent les oiseaux l’hiver et l’été nous protègent des rayons trop ardents du soleil !

La petite ville mourante a connu la « loi Malraux » qui l’a faite renaître au fil du temps, donnant à mon grand étonnement une valeur marchande importante à ce qui est et aura toujours pour moi seulement une valeur sentimentale.

Oui, je sais le sentiment est démodé, « money is money ».

Quelques dinosaures dont je fais partie résistent à cette vision…. Mais un jour les dinosaures disparaissent, leurs traces sont effacées laissant un monde sans racines.

13:03 Publié dans nostalgie | Lien permanent | Commentaires (0)

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