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01/11/2008

Les jardins de mon enfance

Je ne suis pas née avec une cuillère d'argent dans la bouche mais dans une famille d'ouvriers à Alès, ville à cette époque noire de fumée, grouillante, vivante, aux petites rues tortueuses, ce vieil Alès avec sa place "du vieux marché" aux voûtes séculaires, solides, massives, austères cévenoles enfin ! l'auberge du "Coq Hardi" où fut signée la "Paix d'Alès" vestiges hélas disparus sous les coups de boutoir des bulldozers, seule reste la cathédrale qui autrefois trônait sur les "haute et basse place St Jean"
Son marché où à cette époque les ménagères achetaient qui un bleu de travail, qui une blouse, des godillots, des sandales de corde, du fil à repriser, de l'élastique mais rarement de la fantaisie "c'était pour les damettes de la ville" c'est qu'il fallait économiser !
Ah ! qui n'a pas connu la solidarité, la fraternité de ces hommes venant d'horizons différents, les Alésiens bien sûr mais aussi les Lozériens, les Ardéchois, les Polonais, les Espagnols, les Algériens, tous unis dans la mine où à "la forge" chacun avait à coeur l'entraide ils étaient durs à la tâche ceux qui pendant 8 heures arrachaient du charbon ou "coulaient" l'acier en fusion !
-Chez moi, par moitié les hommes étaient mineurs ou métallos - seul mon père était devenu commerçant -
Toute enfant mon grand-père m'a eue amenée à la forge voir cette rivière ardente (c'était interdit bien sûr.... mais..... "tiens toi loin petite !") il travaillait là sans protection ou presque, les brûlures plus ou moins bénignes étaient fréquentes !
Les mineurs, plus nombreux devaient se prémunir contre les dangers d'un éboulement lors de l'ouverture d'une nouvelle galerie, d'un coup de grisou toujours possible ! la silicose était en embuscade !
Mais la joie de ces hommes, leur pénible journée terminée était...... travailler.........leur jardin ! Tous ces enfants de paysans arrachés par la pauvreté à la liberté de la campagne retrouvaient là leurs racines et d'un jardin à l'autre tout en travaillant ferme il n'était plus question que de semences, fruits, légumes, arrosages, récoltes
- toutes les plantations de légumes étaient ceintes de fleurs qui délimitaient les "carrés" et permettaient à la "bourgeoise" comme ils nommaient souvent avec affection leurs épouses de faire de gros bouquets de saison lorsqu'elles allaient cueillir les légumes ! quel souvenir gustatif, quel délice ces radis croqués à pleines dents !
le pastis (un peu fabriqué, il faut le dire) partagé les soirs d'été ou le café bien sucré dans les thermos l'hiver ! les dimanches se passaient au jardin ou les enfants, les petits enfants, les femmes, tout ce monde ouvrier se retrouvait - pour jardiner bien sûr mais aussi pour "taper le carton" dans des cabanons de fortune faits de bric et de broc mais toujours garnis de plantes grimpantes ce qui les rendaient pimpants ! papoter un ouvrage à la main pour les femmes, jouer pour les enfants, ils étaient tous joyeux - heureux de ce travail qui leur procurait autant de plaisir, leur permettait d'avoir des fruits et des légumes seulement avec de la sueur, se retrouver au "bon air" entre camarades ! pas question d'acheter un poireau ou des carottes, si tu n'en avais plus le voisin lui t'en fournissait ! "à titre de revanche !" je vous vois sourire ! et oui ! "je vous parle d'un temps que les moins de..........ans ne peuvent pas connaître...." à mon grand regret je ne l'ai d'ailleurs que très très peu connu !
Denyseparis giverny 2008 103.jpg

Commentaires

Et le Platon qu'a tout fait sauter?

Écrit par : tartarin d uzes | 06/11/2008

ce sera pour une autre fois !

Écrit par : denyse | 06/11/2008

On est à des années lumière de ce temps béni quelque part, béni car vivant encore les vraies valeurs de solidarité, de proximité de convivialité, de contentement du peu que l'on avait. Qu'a t'on fait avec cette société individualiste de consommation perdant son âme dans l' ultra confort qui anesthésie, et nous laisse un arrière goût de vide intérieur. Ce temps béni dont tu nous parles, malgré le très dur labeur que ces hommes et ces femmes avaient la fierté d'accomplir car c'était un honneur et un devoir de nourrir la famille, les besoins étaient simples. Pas de crédits pour un écran plat, ordinateur, et que sais je encore. Oui ils avaient raisons les anciens, Avec le progrès on est devenu blasés, on ne sait plus s'émerveiller. Je ne nie pas certains avantages comme la machine à laver le linge, la voiture,mais il faut toujours plus: la télévision, l'ordinateur, le GPS, les jeux vidéo, la machine à cuire le riz, la machine à cuire le pain, je n'en finirai pas la liste.....Qu'avons nous gagné avec les marchands de rêve? Quelle désillusion. On ne peut pas freiner ? et retrouver ne serais qu'un chouilla de cet art de vivre. Ce n'est pas la quantité des possessions mais la qualité de vie qui rend la vie belle et rends les humains >>>>>> humains justement. Décidément je suis dans ma période nostalgique en ce moment, mais il faut être aveugle pour ne pas faire le bilan et la comparaison entre ces deux époques. Bon tout n'est pas noir, il y a l'espoir d'un avenir meilleurs, mais il ne se fera pas sans notre participation et notre volonté.

Écrit par : Marie | 12/11/2008

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